opéra

Faust

de Charles Gounod

Version inédite de 1859
Opéra en 4 actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré (d’après Goethe), créé le 19 mars 1859 au Théâtre-Lyrique
Version de concert

Date
14 juin 2018 – 19h30
Théâtre des Champs-Élysées
Tarifs de 35 à 110 € Réserver

Coproduction Bru Zane France, Théâtre des Champs-Élysées

Édition de Paul Prévost – L'Opéra français
Bärenreiter-Verlag Kassel | Basel | London | New York | Praha

Ce chef-d’œuvre du répertoire romantique français, présenté régulièrement sur toutes les scènes lyriques, sera proposé dans la version originale et inédite de sa création en 1859, retrouvant ainsi ses dialogues parlés et l’ironie de certains de ses personnages, éléments perdus lors des profondes retouches apportées à l’œuvre entre 1859 et 1869. Christophe Rousset, Les Talens lyriques et le Chœur de la Radio flamande seront les complices de cette recréation en version de concert et de sa sortie au disque, en première mondiale dans la collection « Opéra français ».

Il semble que Gounod ait commencé à réfléchir à la mise en musique d’un Faust dès son séjour à la Villa Médicis dans les années 1840. Mais il faudra attendre presque vingt ans pour que l’une des plus fameuses partitions du XIXe siècle français voie le jour. Si l’on croit connaître aujourd’hui ce pilier du répertoire, créé en 1859 au Théâtre-Lyrique, c’est parce que son entrée au Grand Opéra en 1869 l’a propulsé ensuite – sous sa nouvelle forme – sur toutes les scènes du monde. Mais de nombreuses modifications furent le prix à payer pour accéder à ce temple parisien. Entre le Faust de 1859 et celui de 1869, une partie de l’esprit a disparu : celui de la spontanéité du dialogue parlé, parfois traité en mélodrame, celui de la gouaille de Dame Marthe – rôle de caractère – ou de l’ironie plus comique que cynique de Méphistophélès. On a oublié le charme des premiers ténors qui chantèrent « Salut, demeure chaste et pur » avec ce coloris typique de la voix mixte d’opéra-comique. Un grand nombre de morceaux sont aussi demeurés inconnus suite à ces modifications, dont un splendide duo entre Marguerite et Valentin, un air de Siebel, un trio d’introduction valorisant Wagner, la Chanson de Maître Scarabée de Méphisto (plus tard remplacée par le Veau d’or) ou un curieux chœur de Sorcières. Redécouvrir ce premier Faust, c’est mieux comprendre l’esthétique française du demi-caractère, si particulière au Paris des années 1850.

LES TALENS LYRIQUES
CHŒUR DE LA RADIO FLAMANDE
Christophe Rousset direction
Thibaud Epp chef de chant
Marc Paquien préparation des dialogues parlés

Marguerite Véronique Gens
Faust Benjamin Bernheim
Valentin Jean-Sébastien Bou
Méphistophélès Andrew Foster-Williams
Siebel Juliette Mars
Dame Marthe Ingrid Perruche
Wagner / Un Mendiant Anas Séguin

Chef-d’œuvre incontesté de Charles Gounod, Faust a acquis une renommée internationale dans sa version entièrement chantée. C’est oublier que l’ouvrage, dont le sujet n’avait pas intéressé le directeur de l’Opéra, avait d’abord été composé avec des dialogues parlés pour le Théâtre-Lyrique, troisième scène lyrique parisienne après l’Académie impériale de musique et l’Opéra-Comique. La forme mixte retenue, qui se distingue du grand opéra comme de l’opéra-comique, a elle-même connu deux versions principales qui comportent des numéros et des mélodrames inédits.
S’il découvre le Faust de Goethe dès 1838, Gounod ne s’intéresse véritablement au sujet qu’en 1850, date à laquelle Michel Carré fait représenter un drame fantastique, Faust et Marguerite, au Théâtre du Gymnase-Dramatique. Cette pièce va servir de modèle à Jules Barbier pour le livret du futur opéra que le compositeur met en musique avec une totale fidélité. Ce sera la première version de l’ouvrage.

Accepté par Léon Carvalho, qui dirigeait alors le Théâtre-Lyrique, l’ouvrage est mis en répétition dès 1858. Doté d’une très forte personnalité, le directeur-metteur en scène contraint Gounod à de nombreuses et incessantes modifications. Commence alors, au fil des représentations et des reprises – car l’ouvrage est donné chaque saison –, une succession ininterrompue de transformations.
La continuité progressive des métamorphoses de Faust au Théâtre-Lyrique – laissons de côté les scènes de province ! – ne permet pas de définir une deuxième version. On peut toutefois considérer que la première édition pour chant et piano parue en juin 1859 constitue une deuxième version stabilisée. Elle s’accompagne d’une deuxième édition du livret. Bien qu’elle ne se conforme pas aux représentations parisiennes contemporaines, elle s’en inspire largement. Complète à l’exception des cinq mélodrames qu’il a fallu orchestrer, cette deuxième version suscite évidemment moins de curiosité car elle se rapproche de l’œuvre que la tradition a transmise malgré la persistance de dialogues. La psychologie des personnages est simplifiée et la dimension fantastique est considérablement amoindrie. C’est pourquoi Gounod compose une bacchanale nouvelle pour le dernier acte, qui sera répétée à Paris en octobre 1859 pour n’y être finalement jamais jouée.

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