concert

Maître Péronilla

de Jacques OFFENBACH

Opéra-bouffe en trois actes créé le 13 mars 1878 aux Bouffes-Parisiens
Version de concert

Date
1 juin 2019 – 20h
Théâtre des Champs-Élysées
Réserver

Coproduction Théâtre des Champs-Élysées / Radio France / Bru Zane France

Éditions Palazzetto Bru Zane en collaboration avec les éditions Mario Bois

Diffusion par France Musique.
Enregistrement pour la collection « Opéra français » (Bru Zane).

ORCHESTRE NATIONAL DE FRANCE
CHŒUR DE RADIO FRANCE
Markus Poschner, direction

Manoëla, Anaïs Constans
Alvarès, Chantal Santon-Jeffery
Frimouskino, Antoinette Dennefeld
Léona, Véronique Gens
Maître Péronilla, Éric Huchet
Ripardos, Tassis Christoyannis
Guardona, François Piolino
Vélasquez junior, Patrick Kabongo
Vélasquez major, Loïc Félix
Le Marquis Don Henrique, Yoann Dubruque
Don Fabrice / 1er Juge, Matthieu Lécroart
Le Notaire / Pedrillo, Raphaël Brémard
Le Corrégidor / Bridoison / Juanito, Jérôme Boutillier
Le Valet / Le Majordome / L’Huissier, Antoine Philippot
Felipe / Antonio / 2e Juge, Philippe-Nicolas Martin
Paquita / Marietta / Rosita, Diana Axentii

Suite au gala de 2018 célébrant la naissance de Charles Gounod, l’Orchestre National de France – cette fois en compagnie du Chœur de Radio France – poursuit sa collaboration avec le Palazzetto Bru Zane pour honorer la mémoire de Jacques Offenbach. C’est parmi les raretés absolues de son répertoire que le choix a été fait : Maître Péronilla, grande espagnolade loufoque, est l’une de ses dernières partitions. L’ambitieuse distribution de seize solistes promet un événement de première importance, sous la baguette de Markus Poschner !

Œuvre de la maturité, Maître Péronilla est créée le 13 mars 1878 dans un contexte particulièrement pénible pour Jacques Offenbach. Lui qui est habitué aux succès simultanés sur plusieurs scènes parisiennes doit faire, cette année-là, contre mauvaise fortune bon cœur : Les Contes d’Hoffmann sont abandonnés par la direction du Théâtre-Lyrique, obligée de mettre la clef sous la porte, tandis que Madame Favart est reportée à plus tard aux Folies-Dramatiques à cause du succès inattendu des Cloches de Corneville de Planquette. Il était aussi question d’une féerie à la Gaîté, mais elle en reste à l’état de discussion suite au triomphe du Chat botté de Tréfeu.
Tous les espoirs de gloire du compositeur reposent donc, pour cette saison 1878, sur Maître Péronilla, grande opérette hispanisante dont il a lui-même rédigé le livret.

L’espagnolisme a toujours porté chance à Offenbach, depuis Pépito jusqu’aux Brigands, ce que rappelle un journaliste enthousiaste : « Il y a plus d’Espagne dans le cerveau d’Offenbach que dans l’Espagne même. » Et, de fait, les pages rythmées aux orchestrations chatoyantes abondent : on remarque en particulier le grand final de La Malagueña que chacun fredonne en sortant du théâtre et que l’auteur réemploiera afin d’étoffer le rôle de Fiorella pour une reprise postérieure des Brigands. Comme à son habitude, Offenbach mélange les styles pour faire s’entrechoquer avec esprit des musiques aux antipodes. Ainsi en va-t-il du grand final de l’acte 2 en forme de valse lente, dont le journaliste Moreno souligne qu’il « paraît taillé dans le plein drap des compositeurs viennois. C’est la même musique insinuante, à la fois pleine de vague poésie et pourtant de rythme rigide ». Le compositeur, alors à son zénith, convoque aussi toutes les formules au succès éprouvé : le rondo endiablé de Frimouskino rappelle l’air du Brésilien de La Vie parisienne par son débit frénétique, l’air de Léona aurait pu figurer dans la bouche de la grande Duchesse de Gérolstein, la romance d’Alvarès se souvient des pages recueillies de la princesse Elsbeth (Fantasio) ou de Rosée-du-Soir (Le Roi Carotte), etc.

On applaudit en général le raffinement de la partition, qui renonce à l’esprit déjanté des années 1860 pour se teinter du demi-caractère de l’opéra-comique : « Offenbach est entré résolument dans une voie de l’opérette nouvelle plus souriante que folle, plus fine que bouffonne », écrit Lavoix dans la Revue et Gazette musicale. Il précise cependant qu’« on sent toujours un peu partout la main légère, le faire spirituel et scénique du charmant musicien ». Encore plus admiratif, L’Art musical voit dans l’œuvre nouvelle « une des meilleures partitions » de l’auteur, soulignant que « l’orchestration se modifie et n’est plus du tout comparable aux féroces effets d’autrefois. »

Maître Péronilla est un ouvrage exceptionnel aussi par le nombre de solistes qu’il requiert : près d’une vingtaine de personnages échange avec vivacité et ironie les points de vue contrastés de trois générations d’individus sur un mariage forcé. Toute la gamme des tessitures vocales est convoquée, de la soprano colorature à la mezzo-soprano travestie en passant par la contralto « duègne », le ténor de caractère et le baryton Martin.
Le rythme endiablé de la partition repose aussi sur des textes parlés où abondent les traits d’esprit et les jeux de mots. Soulignons qu’Offenbach est le propre auteur de son livret, ce qui fait de cet opus un objet exceptionnel dans le catalogue offenbachien.

Maître Péronilla, disparu de l’affiche dès 1879, n’a été rejoué qu’une seule fois au XXe siècle à l’occasion d’un enregistrement de l’ORTF. Le bicentenaire de la naissance d’Offenbach en 2019 était l’opportunité de lui redonner vie.

Lire la suite... Cacher