spectacle lyrique

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La Clique des Lunaisiens

Airs d’opérettes et chansons politiques sur les élections et l’art de gouverner

Date
13 juin 2017 – 20h30
Théâtre des Bouffes du Nord
Tarifs de 10 à 25 € Réserver

Création le 23 février 2017 à Venise
Tournée : Arsenal de Metz (25 mars), MC2: Grenoble (12 et 13 avril), Théâtre du Château d’Eu (5 mai), Cité de la Voix - Vézelay (6 mai)
Production Palazzetto Bru Zane
En coréalisation avec le C.I.C.T. – Théâtre des Bouffes du Nord

Concert enregistré par France Musique

Louis XIV et Napoléon avaient bien compris à quel point la musique était une arme politique extrêmement efficace. Il n’est pas étonnant que le XIXe siècle, qui vit se succéder tant de régimes opposés, offre un répertoire presque infini de pièces satiriques ou propagandistes sur le thème des élections et de la souveraineté. Cet amusant programme présentera la France en personne tiraillée entre deux candidats aux élections, l’un plus charlatan qu’énarque, et l’autre – parité oblige – plus séductrice qu’économiste. Toute ressemblance avec… sera purement fortuite.

LA CLIQUE DES LUNAISIENS
Lara Neumann soprano : La France
Ingrid Perruche soprano : La Candidate féministe
Arnaud Marzorati directeur artistique, baryton et siffleur : Le Politicien prestidigitateur
Mélanie Flahaut flûte, basson et flageolet
Pierre Cussac accordéon
Antoine Bitran orgue de barbarie, arrangements et perce des cartons
Daniel Isoir piano
Flannan Obé collaboration artistique et mise en espace

« L’interprétation est au-delà de tout éloge. »
« Arnaud Marzorati est aussi fin diseur que chanteur plein d’aisance. »

Richard Martet , Opéra Magazine

« Rassemblée dans un enregistrement réjouissant, une petite vingtaine de titres dessine d’un trait vigoureux une époque qui pourrait être la nôtre. »

Emmanuelle Giuliani , La Croix

La chansons politique au XIXe siècle

par Alexandre Dratwicki

L’origine de la chanson politique se confond avec celle de la politique elle-même. Son expansion au XIXe siècle est permise par la diffusion à prix bon marché d’éditions et d’arrangements de toutes sortes. La démultiplication des lieux de concerts populaires (et notamment le caf ’conc’ montmartrois) permet le développement d’un genre à deux visages : la chanson politique oscille entre propagande (Boissière : Un Vrai Républicain ; Bruant : Plus d’patrons) et protestation (Hyspa : Les Complots ; Pourny : L’Impôt sur les célibataires), entre dévotion (Vignix : La Prière de Jeanne d’Arc) et calomnie (Xanrof : La Chambre et le Sénat ; Jouy : Un Bal chez le Ministre). Accompagné du piano ou d’un instrumentarium plus étoffé (souvent improvisé, et parfois très original), le chansonnier développe des thèmes d’actualités au fil de mélodies faciles à mémoriser et de refrains irrésistiblement entraînants. La structure de la chanson s’articule selon la forme strophique : parfois très long, le texte se découpe en trois, quatre… et jusqu’à dix couplets dont la chute ramène systématiquement l’auditeur au thème principal développé. Bien entendu, les doubles sens grivois ont toutes les faveurs du parolier et certaines chansons sérieuses ou attendries sont en fait élaborées avec second niveau de lecture très poussé (Nadaud : Droite, gauche, centre ; Hyspa : Le Toast du Président). La virtuosité de ce répertoire réside d’ailleurs dans sa partie littéraire plutôt que dans une ligne de chant et un accompagnement peu compliqués (Xanrof : Le Métingue des femmes). Des compositeurs « savants » n’ont toutefois pas hésité à mettre en musique les textes de Béranger par exemple, comme Lalo et son Vieux Vagabond d’un socialisme saisissant.

Le succès de la chanson politique dépasse bientôt le cadre intime des réunions de café. On en introduit volontiers dans des œuvres de grande envergure : là où l’opéra-comique traditionnel préfère la sage romance de salon (« Connais-tu le pays » de Mignon d’Ambroise Thomas ou la « Berceuse » de Jocelyn de Godard), l’opérette et l’opéra-bouffe choisissent la chanson, à l’image de celle de Clairette dans La Fille de Madame Angot de Lecocq (intitulée précisément « Chanson politique »), ou des « couplets du diplomate » dans Le Roi Carotte d’Offenbach. Applaudi d’abord sur scène, ce type de morceau a tôt fait de rejoindre le répertoire de café-concert dans des versions réaménagées, et de résonner dans des arrangements instrumentaux aussi bien sous les kiosques des parcs publics, qu’au son de l’orgue de barbarie, en plein boulevard. Les « Couplets de la politique » tirés de Shakspeare de Serpette sont de ceux-là.

On retient plus volontiers le pendant caustique et revendicateur de la chanson politique, mais il ne faudrait pas oublier le répertoire sentimentaliste développant les thèmes de la pauvreté, de l’abandon, de la solitude. Le laissé-pour-compte de la société se reconnaît dans les romances parfois larmoyantes comme celle de Boileau (Quand on n’a pas le sou). Ces malheureux trouvent le réconfort au son de chansons édifiantes à forte connotation religieuse et morale (Le Drapeau de la France de Collongues, par exemple) ou dans celles qui mettent en avant des figures nationales courageuses et déterminées. Jeanne d’Arc est la plus célèbre, particulièrement inspirante après la défaite de la guerre de 1870 (écoutez Les Lamentations de Jeanne d’Arc de Oudot). Ses origines de l’est français entrent alors en résonnances avec la perte de l’Alsace-Lorraine et le redécoupage de la frontière prussienne. Jeanne d’Arc qui sera même le sujet de la cantate pour le prix de Rome de 1871 remporté par Serpette, un futur maître de l’opérette…

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